Une semaine sans internet (et j’ai survécu)

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Je suis journaliste spécialisé en technologie depuis janvier 2000. J’étais connecté bien avant. J’ai profité d’une semaine de vacances dans un tout inclus au Mexique pour décrocher complètement. Une semaine sans internet, sans courriels, sans réseaux sociaux. J’ai appris beaucoup. Voici le récit de ma désintox numérique

Décrocher pour vrai

Décrocher complètement d’internet. Ce n’est pas un coup de tête, ni un #défi ou un #challenge. L’idée germait dans ma tête depuis plusieurs mois: pourquoi ne pas profiter d’une semaine dans un tout-inclus au Mexique décrocher d’internet? Est-ce que j’allais découvrir que j’étais dépendant? Est-ce que j’allais souffrir d’un manque? Est-ce que la peur de manquer quelque chose allait me garder éveillé la nuit? Plus mon départ approchait, plus j’étais emballé.

Mes premières vacances d’internet en plus de 20 ans.

Je ne voulais pas me couper complètement du monde: j’ai donné à quelques proches le numéro de téléphone de mon hôtel et le courriel de l’amie qui m’accompagne.

Un minimum de technologie

Confession: si je laisse à la maison mon ordinateur portable, je choisi d’emporter quand même des écouteurs à annulation de bruit pour l’avion, deux liseuses parce que c’est plus léger que des livres, un adaptateur/chargeur de voyage, le projecteur compact Litra Torch 2 (tellement pratique!), un trépied compact Manfrotto et le nouveau Photogrip Qi d’Adonit. Je suis chroniqueur techno, après tout…

Je glisse aussi un clavier compact portable dans mon sac. En tant que pigiste, je me dis qu’il serait dommage de manquer l’occasion professionnelle du siècle parce que je ne peux pas taper vite. (Spoiler: je ne m’en suis pas servi.)

À l’aéroport, avant d’embarquer dans l’avion, je crée une réponse automatique à mes courriels et je télécharge aussi quelques albums sur Spotify. Je vérifie une dernière fois que je n’ai pas reçu de nouveaux messages, et j’ai activé le mode avion de mon téléphone. J’ai écouté de la musique pendant le vol, puis éteint complètement mon téléphone au moment où l’avion s’est posé, samedi à 14h22. Est-ce que je vais tenir une semaine?

Samedi, jour un: mon sac est plus léger

Je ressens un calme étrange. Pas besoin de chercher un réseau wifi ni d’attendre que la connexion cellulaire ne s’établisse.

Je dois me fier au chauffeur pour me rendre à l’hôtel. Pas moyen de vérifier avec Google Maps la durée de mon trajet, ni si c’est le meilleur chemin. J’en profite pour regarder dehors. Je rigole en voyant l’affiche du Zoo Croco Cun.

Arrivé à la chambre, je prépare mon sac pour faire un saut dans la piscine; je le trouve étrangement léger. C’est le poids du téléphone qui manque. Encore là, un souci de moins: en le laissant à la chambre, il n’y a pas de risque de l’échapper, de le briser ni de me le faire voler.

J’ai une pensée pour tous les gens qui doivent se demander si je suis bien arrivé. Je me rappelle que s’il y a une vraie urgence, mon amie va recevoir un courriel. Je me baigne en regardant les gens, je me baigne, je lis sans interruption.

Je remarque les gens penchés sur leurs téléphones partout: à la plage, dans la piscine, au bar. Les gens on un sac étanche autour du cou pour protéger leur joujou.

Dimanche, jour 2: les nouvelles me manquent

Au café de l’hôtel, j’écris dans mon journal avec un papier et un crayon, je note tout ce qui me passe par la tête, des idées, des projets.

Le USA Today Mexican-Caraibean edition est extrêmement pauvre en nouvelles – c’est plus un feuillet infopublicitaire sur le tourisme au Mexique. J’aimerais savoir ce qui arrive avec le test de la capsule Dragon Crew. Je me demande la température qu’il fait au Québec. L’information en temps réel me manque.

Autrement, tout va bien. Pouvoir lire Richard Martineau m’amuse, mais ça n’illumine pas tant que ça ma journée.

Lundi, jour 3: qu’est-ce qui joue?

À la piscine, une chanson joue que j’aimerais ajouter à ma liste de lecture Spotify – un souvenir musical de mon séjour. Mais je n’ai ni Shazam ni d’Assistant Google. Je demande au barman ce qui joue. La musique vient d’un autre édifice. Mon désir de connaître la chanson se dissipe…

Je vais courir 30 minutes au gym sur le tapis roulant, pour éviter la chaleur et le soleil. Habitué à courir dehors, les tapis roulants, normalement, je trouve ça formidablement ennuyeux. Je n’ai pas ma montre connectée pour enregistrer mon rythme cardiaque. Pour laisser mon téléphone dans la chambre, je ne vais même pas écouter de podcast! Je me concentre sur ma respiration, sur le boum-boum entraînant qui joue. Rien que d’y penser, j’ai encore Blue d’Eiffel 65 dans la tête. Pourquoi je me souviens de cette chanson ver d’oreille et pas de celle qui jouait plus tôt à la piscine?

J’arrête de courir plus détendu qu’à l’habitude. Sans podcast pour me divertir, la course s’est transformée en méditation ou je suis présent. Et je sais que je me suis entraîné, pas besoin qu’une application me le rappelle…

(J’ai couru 3 fois pendant mon séjour. Je me suis impressionné moi-même. Je croyais que je n’y arriverait jamais sans distraction…)

Mardi, jour 3: lecture rapide

L'intelligence artificielle n'existe pas AI IA Luc Julia livre lecture
De l’excellente lecture pour décrocher de la technologie!

J’ai beaucoup lu pendant la semaine. Sur la plage, sur le bord de la piscine. Sans distraction de mon téléphone, j’avance a une vitesse folle dans un livre papier, « L’intelligence artificielle n’existe pas. ». Je lis aussi Digital Minimalism, excellent pour m’aide à réfléchir sur mes (mauvaises) habitudes numériques. Et j’ai avancé dans plusieurs livres (j’aime varier!). Je lis des articles mis de côté avec Pocket dans ma liseuse Kobo. Je prends des notes à la mine sur un bout de papier quand une idée me vient.

C’est comme si mon cerveau fonctionnait mieux.

Mercredi, jour 4: je pense au retour

Je vois des oiseaux, je crois que ce sont des pies voleuses, comme dans Les bijoux de la Castafiore. Je frustre de ne pouvoir le vérifier avec Google. Mais j’ai eu beaucoup de plaisir à les regarder plonger sur des miettes de nourriture. (Vérification faite, c’était probablement des quiscales à longues queues.)

Je commence à penser à mon retour dans le monde connecté. Combien de courriel vais-je avoir reçu? Combien de messages Facebook? Est-ce qu’on se demande si je suis mort?

Je me dis que je vais appeler mes parents plutôt que leur écrire que je suis bien arrivée à la maison. Que je vais planifier des rencontres en personnes avec mes amis plutôt que de clavarder distraitement.

J’ai pris beaucoup de notes, des choses concrètes que j’ai envie de faire.

Jeudi, jour 5: un téléphone, c’est aussi un appareil photo

J’ai choisi de partir sans appareil photo, pour minimiser le nombre d’appareils électroniques dans ma valise. J’avais aussi peur de « compenser » mon manque de techno en passant trop de temps à prendre des photos.

Mais des vacances sans photos souvenir, c’est triste. Surtout que la lumière est magnifique: j’ai observé au cours des journées précédentes que la golden hour commençait autour de 17h30. Je me suis amusé a dessiner un storyboard des photos que je voulais prendre.

J’ai donc allumé mon téléphone depuis la première fois depuis samedi, en le gardant hors-ligne (en mode avion). Pas d’émotion particulière, surtout pas de soulagement. J’ai ouvert l’application caméra et j’ai pris de belles photos. Sans pause pour les publier sur Instagram ou Facebook. Ni les regarder ensuite.

J’ai un frisson: elles n’étaient pas sauvegardées dans les nuages! Elles pouvaient disparaître à jamais!

Par réflexe, mon doigt s’est approché de l’icone de Gmail. J’ai éteint mon téléphone et je suis retourné à mes vacances.

Vendredi, jour 6: pourquoi pas un jour de plus?

Mon avion va se poser le samedi à 21h, heure de Montréal. Je n’ai pas envie de gérer des courriels tard le soir. Je décide de me reconnecter dimanche matin, après avoir commencé à écrire ce billet.

Petite inquiétude: je me demande si mon site est bien en ligne Je respire lentement et ça passe.

Samedi, jour 7: tout le monde sur son téléphone, moi je fais de l’origami

Arrivé à l’aéroport, je constate avec tristesse le nombre de gens penchés sur leurs appareils. Connectés avec le monde virtuel, ils ne sont déjà plus en vacances.

Je vois les gens regroupés autour des bornes de recharge, comme s’ils se réchauffaient autour d’un feu après une journée froide.

Je regarde autour. J’écoute de la musique dans l’avion. J’ai fait un cygne en origami. J’arrive chez moi, je m’endors sans penser à mes courriels ou aux réseaux sociaux.

Dimanche, jour 8: je me reconnecte

Je me lève, je me fais un café.

J’écris un premier jet de cet article.

J’ouvre Gmail. Personne n’est mort, même si j’ai passé une semaine déconnecté. Pas d’urgence. Je ramène ma boîte de courriel à zéro (« inbox zéro ») en quelques heures calmement, en répondant à mes courriels systématiquement plutôt qu’en reportant à plus tard ceux qui demandent une réponse plus longue ou de prendre une décision.

J’ouvre Facebook. Je n’ai rien manqué. Des amis se demandent si je suis revenu. Je suis content de leur écrire.

J’accepte l’invitation d’une amie pour aller au cinéma et prendre un verre.

Je n’ai pas ressenti le besoin de regarder mon téléphone pendant le film.

Après la projection, je remarque que mon amie regarde souvent son téléphone, juste pour voir quelque chose. J’ai souri.

Je ne suis pas le plus accro à la technologie, faut croire.

P.


Auteur : pascalforget

Chroniqueur et journaliste en technologie et en science.