Huawei sans les services Google, c’est possible?

Dans une conférence virtuelle, Huawei a présenté de nouveaux produits (le téléphone pliant Mate Xs, des ordinateurs portables), mais aussi la façon dont ils comptaient aller de l’avant avec leur boutique d’application AppGallery, sans utiliser le AppStore ni les services Android avec lesquels la plupart des utilisateurs d’appareils Android sont familiers.

Le téléphone pliant Mate Xs

Huawei Mate Xs téléphone pliant pliable prix Canada
Plié, le Mate Xs a un écran de 6,6 pouces et ressemble à un téléphone normal.

La version améliorée du téléphone annoncé à Barcelone l’an dernier. Déployé, son écran fait 8 pouces de diagonale. Fermé, son écran est à l’extérieur: il ressemble alors à un téléphone un tantinet plus lourd et plus épais qu’un modèle conventionnel, avec un écran de 6,6 pouces. La charnière «falcon design» a été améliorée, et donne une sensation rassurante. Le concept me semble le plus accompli à ce jour. Son prix de vente devrait toutefois tourner autour de 3500 CAD (2499 Euros): plutôt cher!

Tablette MatePad Pro 5G et ordinateur portable

Une alternative Android au iPad Pro, le MatePad Pro 5G a un écran de 10,8 pouces de diagonale, avec un ratio d’écran de 90%. Son processeur unique Kirin 990 5G permettrait d’avoir de meilleures performances que les processeurs Snapdragon tout en consommant moins d’énergie. Elle peut être rechargée par induction, et permet la «recharge renversée» d’un accessoire ou d’un téléphone.

On a aussi annoncé des ordinateurs portables, dont une mise à jour du MateBook X Pro avec la puce Intel Core 10e génération, et le portable plus abordable MateBook D. Avec son écran de 15,6 pouces à moins de 1000$, il pourrait tenter beaucoup d’amateurs.

Pour compléter leur écosystème, le routeur AX3 utilisant le standard Wi-Fi 6+ assurera que tout fonctionne harmonieusement à la maison.

Pas de P40 Pro?

Il faudra attendre un lancement prévu le 26 mars pour découvrir le P40 et le P40 Pro, les successeurs du P30 Pro et du P30, des appareils avec des performances photos toujours impressionnantes.

Huawei AppGallery, c’est quoi?

Conséquence de la guerre commerciale avec les États-Unis, la compagnie ne peut plus installer le Play Store dans ses nouveaux appareils.

Pour le remplacer, Huawei propose une version revampée du catalogue applicatif AppGallery. C’est l’équivalent de la boutique d’application Play Store de Google, ou de l’App Store d’Apple. Par défaut, c’est là qu’on pourra trouver et installer des applications dans son appareil Huawei.

Les développeurs devront adapter leur application iOS ou Android pour qu’elles fonctionnent dans l’AppGallery. Une fois que c’est fait, elles pourront alors être installées dans tous les appareils de l’écosystème Huawei téléphones, tablettes, ordinateurs et même télés (!) Huawei.

(On peut aussi penser à la boutique des tablettes ultra abordables Fire d’Amazon.)

Moins d’applications? Pas (trop) grave

Pendant la présentation, on a mentionné que même s’il y avait 6000 nouvelles applications Android publiées par jour dans le Play Store, 50% des utilisateurs n’avaient pas téléchargé d’applications au cours du dernier mois. Les utilisateurs auraient environ 80 applications dans leur téléphone en moyenne.

Il sera possible aux développeurs de créer des QuickApps, qui ne demandent pas d’installation. Une option qui permettra d’offrir plus qu’une simple page web, mais sans encombrer son appareil d’une application de plus. (Google propose un concept similaire, les Instant Apps.)

Mais la sécurité de mes données?

On a abordé à plusieurs reprises la question de la sécurité et de la vie privée – une préoccupation légitime pour les consommateurs, en raison des accusations d’espionnage par Huawei.

On a répété que les données des utilisateurs restent dans leur région géographique. En Europe, les standards se conforment aux règles RGPD. Les normes de sécurité seraient même satisfaisantes pour l’Allemagne, qui serait le pays le plus strict en matière de sécurité des données personnelles.

On a aussi mis de l’avant que les données personnelles (photos, carnet d’adresses, données biométriques) de son appareil sont codées avec une puce – un principe similaire à celui utilisé par Samsung (son système Knox) et Apple (avec la puce T2).

Des points Huawei contre des récompenses

Pour stimuler l’utilisation des applications de l’AppGallery Huawei (plus de 99% des applications perdraient des utilisateurs chaque mois), on a créé un système de monnaie virtuelle. Les « points Huawei » qu’on accumule permettront par exemple d’obtenir du stockage supplémentaire si on télécharge de la musique. Est-ce que cette gamification sera suffisante pour encourager l’utilisation de la boutique?

Les inconnues et les risques

Sans les services Google, les utilisateurs n’auront pas accès à Google Maps, Gmail, le Play Store avec lequel ils sont familiers. Il faudra penser aux applications qui contrôle nos appareils domotiques — vont-elles se retrouver dans la AppGallery? Est-ce que les logiciels équivalents seront aussi agréables à utiliser? Je pense particulièrement aux cartes. Malgré le partenariat annoncé avec TomTom, il faudra se mesurer aux cartes de Google qui ont une telle avance que même Apple n’arrive pas à rattraper. On pourrait ne pas retrouver se applications préférées sur la AppGallery de Huawei. On pourra toujours les «sideloader», mais ce n’est pas très pratique, et ça peut présenter des problèmes de sécurité: Google met en garde qu’installer les applications Google sur un téléphone Huawei, c’est prendre un risque. C’est un pensez-y-bien.

Il faut aussi se demander ce qui pourrait arriver si Huawei peut de nouveau collaborer avec Google.

C’est certain que l’utilisateur avancé se posera plusieurs questions sur toutes les applications qu’il pourrait manquer; ça me rappelle quand on rappelait l’abondance d’applications iOS versus celles pour Android. Mais pour l’utilisateur moyen qui est satisfait de son appareil à l’achat, qui veut seulement prendre de bonnes photos, est-ce que ce sera vraiment un problème?

P.

La présentation a été diffusée le 24 février mais enregistrée la veille.

Mise à jour:

pascalforget

Chroniqueur et journaliste en technologie et en science.

Une réflexion au sujet de « Huawei sans les services Google, c’est possible? »

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