Les selfies, plus dangereux que les requins?

requin danger selfies selfie égoportrait mort by GEORGE DESIPRIS from Pexels

Le magazine de plein air Outside a consacré un article sur la mort par selfie, qualifiant le phénomène d’épidémie: le décès de plus de 250 personnes depuis 2011 serait lié à la prise d’égoportraits. En 2015, il y a eu plus de morts par selfies que par des requins! On parle même de « killfies »!

Est-ce qu’il faut s’indigner, s’étonner, ou simplement se dire que c’est la sélection naturelle qui fait son oeuvre? À notre époque de célébrité instantanée, il est intéressant de se poser la question. Et la réponse n’est pas si simple!

Quelques exemples de mort par selfie

Le magazine Rolling Stones s’est intéressé à la mort par selfie dès 2016, proposant 11 cas troublants. Pour d’autre histoires morbides, Wikipédia a aussi une page consacrée aux morts et aux accidents liés aux selfies!

Tous les décès n’arrivent pas au moment la prise d’un selfie: on compte aussi les décès liés à l’obsession des selfies, comme Gigi Wu, devenue célèbre sur les médias sociaux pour ses photos prises au sommet de plus de 100 sommets enneigés… Ne portant qu’un bikini. Elle est décédée en tombant dans un ravin, portant son manteau. (Elle n’enfilait son maillot qu’une fois au sommet.) Son désir d’avoir un selfie de plus a t’il augmenté sa témérité?

Pourquoi mourir pour une photo?

Pas étonnant qu’un magazine de plein air se penche sur les décès par égoportrait: les sportifs ont un penchant pour l’adrénaline et les émotions fortes.

On peut imaginer que les victimes sont des têtes brûlées, des exhibitionnistes en manque d’attention, des gens qui ne pensent qu’à eux et leur célébrité virtuelle. Que c’est la sélection naturelle qui s’applique.

Mais selon l’article d’Outside, il semble que ça ne serait pas tout à fait le cas.

Le quart des 259 victimes étudiées n’étaient pas en train de faire des choses dangereuses – les femmes surtout.

L’article « The Selfie Paradox » énumère les raisons pour lesquelles on se prend en photo:

  • communiquer avec les gens qu’on aime
  • bâtir son estime de soi
  • gérer son image
  • raconter son histoire
  • créer sa marque – son brand.

Si la notion de branding est récente, le reste ferait partie de notre ADN – après tout, même les hommes des cavernes se dessinaient; il y eu les statues, les portraits, les photos: on a toujours voulu se représenter dans toute notre splendeur.

Avec les caméras des téléphones, la technologie permettrait enfin de se laisser aller à nos pulsions d’autoreprésentation, un duck-face à la fois.

Malheureusement, notre cerveau fait preuve d’attention sélective pendant qu’on se prend en photo: on se concentre sur l’écran de son téléphone… Et on se mettrait en danger parce qu’on néglige ce qui se passe autour!

Et ceux qui prennent des risques? Ce serait tout simplement qu’en 2019, est-ce que quelque chose est vraiment arrivé si on a pas une photo pour le prouver?

Des mesures prises

Les conseils russes pour prendre des selfies sécuritaires
  • À Pampelune, en Espagne, on donne une amende de 3000 euros (presque 4500 CAD) si on tente de se prendre en photo pendant la célèbre course des taureaux dans les rues de la ville. En 2014, on a publié la photo d’un homme pris sur le fait. Pour dissuader à d’autres de faire de même, le mot-clic « l’idiot au téléphone » #eltontolmóvil a circulé. (L’événement est déjà risqué: depuis 1900, une quinzaine de personnes sont décédées pendant l’événement.)
  • En 2015, le Ministère de l’Intérieur russe a publié un guide sur la prise sécuritaire d’égoportraits. Le slogan? « Votre vie et votre santé, c’est plus précieux que des millions de likes sur les réseaux sociaux. » (Les casse-cou Russes ont eu leur heure de gloire.)
  • À Mumbai, en Inde, on a désigné des zones « sans selfies »; c’est le pays où il y eu le plus grand nombre de décès par selfie…
  • Il y a même une application, nommée Saftie, qui nous prévient quand une zone est dangereuse pour prendre un selfie: elle va nous prévenir si on est près d’un chemin de fer, une falaise, un plan d’eau ou si il y a un animal derrière nous… On peut aussi signaler les endroits qu’on juge dangereux.

Conseils pour ne pas se mettre en danger en se photographiant

Même si « ne pas se mettre en danger » semble être une évidence, allons-y avec des conseils spécifiques pour survivre à ses selfies!

Pas de photos…

  • sur le bord de falaises, d’édifices, de rivières, de volcans (!!!)…
  • trop près des animaux, surtout sauvages! (Au parc Yellowstone, les visiteurs sont invités à prêter serment qu’ils ne s’approcheront pas des animaux pour une photo.)
  • en traversant la rue, ou sur des véhicules en mouvement…
  • avec des bâtons à selfie pendant les orages
  • avec des armes à feu ou des explosifs…
  • Ne pas chercher à impressionner (c’est souvent une mauvaise idée!)
  • Cessez de suivre le troupeau: si un type de selfie est assez populaire pour avoir un nom, c’est probablement qu’il est déjà considéré cliché et que tout le monde est tanné de les voir!

Les selfies, ce n’est pas fini!

Même si les caméras à l’arrière des téléphones prennent généralement de meilleures photos que celle du côté de l’écran, se prendre en photo soi-même, c’est quand même pratique – on a pas toujours un bon photographe attitré! C’est pourquoi les manufacturiers proposent des appareils qui prennent de meilleurs selfies – pas seulement en utilisant l’intelligence artificielle et un capteur de visage (comme dans les iPhone récents)!

  • Mieux que le selfie stick, il y a un petit drone, le Selfly d’AEE, qu’on peut lancer pour se prendre en selfie dans des endroits risqués sans se mettre en danger. Notre drone peut tomber… Mais pas nous!
  • Samsung a lancé le A80, un téléphone avec des caméras qui pivotent: les caméras au dos du téléphone se rabattent sur le devant pour nous filmer ou nous photographier – la qualité des images sera égale qu’on prenne ce qu’il y a devant soi ou son portrait.
  • LG a déposé des brevets qui laissent présager des téléphones avec trois caméras à selfie, question de mieux se photographier le duck-face…

Évidemment, tant qu’on pourra partager du contenu qui demande de se mettre en danger sur les réseaux sociaux. Ça ne va pas arrêter. Espérons que la mode passe!

P.




Auteur : pascalforget

Chroniqueur et journaliste en technologie et en science.